Un riche propriétaire avait la plus belle collection de roses que l'on puisse voir. Son jardinier, homme fort habile dans son métier, était fier de ses rosiers, de l'un surtout qui portait trois roses de toute beauté, trois roses parfaites de couleur, d'élégance et de parfum. Chaque matin, le jardinier se promenait à travers les plates-bandes, passant l'inspection de ses plantes, comme un chef de ses soldats.

Un jour, le brave homme s'approcha de son rosier préféré. À son grand étonnement, les trois roses avaient été cueillies ! Plein de colère et soupçonnant quelques domestiques d'avoir commis ce crime, il se dirigea vers la maison : « Quel qu'un a pris mes roses ! cria-t-il. Il faut que je sache qui c'est ! » Mais sa colère tomba bientôt et fit place à un silence respectueux, lorsque l'un de ses aides lui apprit que le maître était venu avant lui au jardin et que c'était lui qui avait cueilli les fleurs royales.

Le maître ! Tout est dans ce mot-là. Le jardinier pourrait oublier que le jardin n'est pas à lui, mais à celui qui le lui a confié. Le maître n'a pas besoin de la permission de son serviteur pour faire usage de ce qui lui appartient.

Cher lecteur, peut-être avez-vous cultivé un art, un talent qui vous était confié pour servir à la gloire de Dieu. Vous ne vous en êtes servi que pour vous-même ; pour le plaisir que vous en retiriez, pour les éloges qu'on murmurait autour de vous. Et le Maître a repris ce talent. Aimant le succès, vous avez vu se briser votre idole ; il ne vous en reste que les débris et que le souvenir…

Le Maître ! Ce mot ne résonne pas agréablement aux oreilles de personne. Notre cœur indompté ne veut pas reconnaître d'autorité supérieure ; il ne veut pas d'autres maîtres que ceux qui, au nom d'une fausse science et d'une vaine philosophie, parlent aux hommes d'indépendance absolue. Et la raison pour laquelle l'Évangile est si peu populaire, malgré son libéralisme et l'élévation de sa morale, c'est que l'Évangile reconnaît et proclame les droits du Maître.

Mais ce Maître souverain n'est point une force anonyme, arbitraire et inconsciente. Il n'y a pas de fatalité. Nous ne sommes pas les jouets de forces aveugles. Il y a un Maître sans doute, mais ce Maître est un Père, et tout ce qu'il fait, même ce qui nous paraît le plus cruel, a une raison bienveillante. En un mot, il fait notre éducation. Il ne détruit l'apparence des choses que pour maître en évidence leur réalité et préparer leur perfection.

Soumettons-nous donc de bon cœur à ce Maître, qui nous a prouvé son amour en s'imposant à lui-même la plus dure souffrance, puisqu'il a donné son Fils pour sauver notre âme !