Donner... se donner ! Toute la distance entre la piété stérile et la foi chrétienne est dans ces deux mots.


Pour éclairer un peu ce grand sujet, voici quelques images :

Un négociant qui n'a pas de vergers achète les fruits d'un pommier chez le paysan. Les pommes sont à lui ; l'arbre ne lui appartient pas. Il pourrait ni le
transplanter, ni le greffer, ni l'abattre. Il a les fruits, c'est tout. L'arbre n'est pas donné, il donne seulement ses produits. Le propriétaire de l'arbre, au contraire, est le maître de la situation : il dispose de l’arbre et des fruits.


Une autre image :
Une jeune fille vient d'être demandée en mariage. Attirée par une situation qui s'annonce brillante, mais sans amour, elle accepte et se fiance. Les fiançailles sont l'occasion de jolies fêtes de famille ; les jeunes gens, suivant la tradition, se voient souvent, se promènent au clair de lune, se font de gracieux cadeaux... Ce sont des fiancés modèles.


Est-ce bien sûr ? Non ! Tout est là sauf l’essentiel. Oui, ils se comblent d’attentions, mais ces attentions mêmes ont quelque chose d'offensant et de faux,
car ils ne se sont pas donnés l'un à l'autre, chacune réserve son cœur : ils ne s'aiment pas.

Et ce mariage de raison, qui peut avoir toutes les apparences favorables, être assorti et correct, ce mariage ne sera pas heureux, ce mariage est une affaire ou un arrangement mondain. Tout est donné entre les époux, sauf le cœur.

Ai-je besoin, par contraste, de vous décrire les vraies, les pures fiançailles, celles où les cœurs se donnent sans partage ? S'informe-t-on alors si les fortunes sont grandes, si les conventions sont ménagées ? Eh ! non, qu'importent toutes ces questions accessoires ; les fiancés s'aiment ; cet amour fait
leur bonheur : le reste est secondaire ou suivra de soi-même.

Vous avez compris ces images transparentes. Il y a une religion qui consent à céder à Dieu les fruits de cet arbre : notre cœur. Mais qui refuse l'arbre porteur des fruits. Il y a, par libre culte qui donne la racine, le tronc, les branches et les fruits.


Il y a un formalisme qui croit pouvoir conclure avec Dieu - si vous cette expression risquée - une espèce de mariage de raison sans par contre une sainte ferveur qui unit le cœur du Créateur au cœur de sa créature.


Il y a une piété qui donne ; il y a une foi qui se donne.


FRANZ BURNAND. (révisé par mes soins)